« The Mice of Dumpler » (partie 1/3)

Maintenant que j’ai ouvert mon blog, j’ai envie de vous parler de “the Mice of Dumpler”, cette expérience à la fois intéressante et décevante qui a pris plus de deux ans de ma vie. Allez, c’est parti !

Un peu de contexte

Cette série est née d’un auteur américain, Chris Weld. Un ami commun savait qu’il cherchait quelqu’un pour illustrer ses histoires. Il lui a montré ma page Facebook et mes dessins lui ont plu. Donc, l’auteur m’a contactée en 2017.

J’étais super enthousiaste ! Un auteur qui vient me chercher parce qu’il aime mon style, et qui veut que je dessine des souris anthropomorphes ? Que demander de plus ? Au départ, je devais m’occuper des personnages et un ami à lui devait s’occuper du reste, à savoir, entre autres, des décors et du design des vêtements portés par les souris (j’y reviendrais).

Après un problème évident de communication, un manque de motivation de l’ami et une subite envie de l’auteur de lancer un financement participatif alors qu’on n’avait encore aucune image, le projet meurt dans l’œuf. L’auteur a reconnu que son ami ralentissait le projet et il m’a dit qu’il allait me recontacter… 

Quatre ans plus tard (fin 2021, donc), il m’a envoyé un mail pour qu’on s’y mette vraiment, juste lui et moi, car son ami n’est pas fiable (ce sont ses mots). Je me souvenais de tous les problèmes qu’on avait rencontrés, mais pour une fois, j’ai voulu être optimiste et j’ai accepté.

“The Mice of Dumpler” était censée être une série de livres se passant à Dumpler, une ville de souris souterraine, située au Kansas, dans les années 20. J’adorais le concept qui était que chaque livre aurait un personnage principal différent et que les histoires pourraient être d’un genre différent (aventure, mystère, magie, etc…).

Ma première tâche a été de trouver le design général des personnages.

Design des personnages (charadesign)

L’auteur m’a proposé de commencer par une autre histoire, plus simple que celle qu’il m’avait montrée quatre ans auparavant. Il y a moins d’action, moins de type de personnages différents et moins de problèmes d’échelle (je vous expliquerais ça en temps venu).

Je comptais dessiner les souris comme j’aime faire mes animaux anthropomorphes, à savoir, en gardant l’anatomie la plus proche possible de l’animal. Quand un animal se met debout, ses pattes arrière ne se déplient pas à fond comme les nôtres, et j’aime garder cet aspect-là. Quand je lui ai montré les premiers croquis, l‘auteur a beaucoup insisté sur le fait qu’il voulait que les souris soient minces. Alors je les ai étirées, leur donnant un corps un peu longiligne, plus humain que souris. Et puis finalement, il me dit qu’il veut une morphologie à la « Bernard et Bianca ». Ce que je faisais dès le début, donc… Elles ne sont pas grosses mais minces n’est pas le mot qui me viendrait pour qualifier ces souris-là. Bref, je leur redonne donc le corps que j’avais prévu à la base.

Le plus compliqué a été ensuite de les habiller. Parce que l’auteur est très attaché aux détails réalistes, il voulait que les souris s’habillent comme les gens des années 20 aux États-Unis. Mais pas dans le style citadin des Années Folles qui sent bon les clubs de jazz et les gangs façon Al Capone. Non, l’auteur voulait du rural, la mode des personnes qui vivaient dans des villes modestes et qui travaillaient la terre. Autrement dit, un segment de la mode sur lequel je n’ai pas trouvé grand chose. D’ailleurs, c’est pour cette raison qu’à la base, lors de notre première tentative de travailler ensemble, son ami devait s’occuper de ça, car il savait exactement ce que voulait l’auteur. Mais cet ami n’ayant jamais fait sa part du boulot, j’ai dû me débrouiller seule. L’auteur m’a ensuite dit que je pouvais m’inspirer des vêtements portés à la fin du XIXème siècle. Ah ! Il aurait dû commencer par là ! J’ai cherché plein d’images de La Petite Maison dans la Prairie, Docteur Quinn Femme Médecin, Anne with a E et Newsies pour m’imprégner de cette époque.

En travaillant sur les vêtements, j’ai compris pourquoi, souvent, les personnages anthropomorphes n’ont pas de pantalon. En mettant des animaux debout, on se rend bien compte que leur entrejambe est très près du sol. Les jupes et les robes doivent donc être très longues, sinon, on verrait leurs culottes (si on décide de leur en mettre !). Il est aussi très difficile de dessiner un short sur une longueur de jambe si réduite.

Si on décide que les personnages ne portent rien en bas, ça passe. Regardez, la famille Duck se balade le popotin aux quatre vents et on n’a jamais été traumatisé par ça ! Je ne sais pas si l’auteur était fondamentalement contre le “no-pants” ou s’il était motivé par la peur de la polémique, toujours est-il qu’il voulait que les personnages soient entièrement habillés. Ainsi soit-il !

Les personnages n’étaient que peu décrits physiquement, ce qui m’a laissé pas mal de liberté pour les designer. Mais dans cet univers, les souris sont blanches. Ce qui me posait problème, c’est qu’avec autant de personnages, ça risquait de devenir difficile de les distinguer. D’autant plus que les dessins étaient prévus pour être en noir et blanc. En discutant de ce problème avec l’auteur, il a bien voulu qu’il y ait quelques marques distinctives comme des taches mais le mot d’ordre était quand même que les souris soient majoritairement blanches. Personnellement, je trouvais ça dommage, surtout que ce ne sont pas des souris de laboratoire, donc il n’y avait aucune raison de se limiter.

Enfin, ça ne m’a pas empêchée de créer cette sympathique petite bande, dont chaque membre a ses caractéristiques.

L'image dont je suis particulièrement fière

J’aime particulièrement le moment où Horatio (le personnage principal) comprend que ce qu’il prenait pour de la pyrite est en réalité de l’or. Cette image est ma préférée de ce livre parce qu’elle est née instantanément dans ma tête à la première lecture du passage en question. Je suis très contente d’avoir réussi à la mettre au monde sans la dénaturer. Parce que, oui, avoir de supers images dans la tête, c’est facile, mais les créer sans les abîmer, c’est une autre histoire. J’ai d’ailleurs dû tenir tête à l’auteur qui a failli la faire disparaître. 

Cette image est la dernière du chapitre 3. Quand on s’est lancé, l’auteur a relu son histoire et a voulu modifier le texte à partir du chapitre 4. Donc, je ne pouvais travailler que sur les trois premiers chapitres pendant un bout de temps. Et quand il m’a donné le texte final, je me suis rendu compte qu’il a aussi modifié la fin du chapitre 3. Dans la nouvelle version, Rodger (l’expert en minéraux) prend la pépite entre ses doigts avant d’annoncer à Horatio que c’est de l’or. 

Ce que je déteste dans cette version, c’est que le suspens est étiré et que le focus se fait sur Rodger. C’est un livre pour enfant, les enfants vont s’identifier au personnage de leur âge et au moment de la grosse révélation du livre, l’image serait un vieux monsieur qui tient une pépite entre ses doigts ? J’ai été catégorique, cette version n’est pas pertinente et il a réintégré la première. Je n’ai pas souvent fait ça, je partais toujours du principe que c’était son histoire. Mais s’il y avait des incohérences ou que des choses ne collaient pas avec un livre pour enfant, je lui disais. Il n’écrivait jamais rien d’inapproprié mais il avait la fâcheuse tendance à trop mettre l’accent sur les adultes.

Je trouve que, quand les parents sont trop souvent mentionnés, le monde des adultes freine les aventures des enfants. On est d’accord, c’est plus réaliste, mais est-ce que c’est nécessaire quand on veut raconter des histoires pour faire rêver les enfants ? Je pense que c’est pour cette raison que beaucoup d’histoires mettent en scène des orphelins ou des gosses abandonnés. Ou des mômes qu’on envoie faire le tour du monde à 10 ans parce que c’est la tradition, comme dans Pokemon. C’est difficile de faire vivre de chouettes aventures à des enfants si on doit prendre en compte que des parents sensés ne seront pas d’accord. Tout en évitant de trop faire désobéir les personnages, car oui, il ne faudrait pas non plus donner de mauvaises idées aux lecteurs.

À la base, l’auteur écrit de la fantaisie Young Adult, et je trouve que ça se sent. En plus, il se préoccupait tellement de ce que les parents pourraient penser de ses livres qu’il oubliait qu’il s’adressait à des enfants. Bien sûr, c’est là toute la difficulté de la littérature jeunesse : il faut aussi plaire aux parents qui vont décider ou non d’acheter les livres. Mais le public, c’est avant tout les enfants. Comment raconter une histoire d’aventure si le personnage principal est bridé par les règles de la vie de tous les jours ?

Au-delà des illustrations

Comme c’était le tout premier livre de ce qui était censé devenir une saga, j’ai designé le titre. Je voulais que “Mice” soit fluide, qu’il évoque la vivacité d’une souris et qu’au contraire, “Dumpler” soit statique, ancré, tout comme l’est le monde souterrain des souris. J’ai utilisé ma propre écriture pour les titres de chaque histoire. J’ai écrit chaque lettre sur un calque séparé dans un fichier Clip Studio Paint et j’ai composé chaque titre avec. Ok, c’est un système de chacal, mais ça marche ! Un jour, je prendrais le temps de créer ma propre police, ce serait bien pratique pour mes BD.

J’ai apporté l’idée de faire une page de présentation des personnages avec leurs portraits (c’est une chose très courante dans les livres pour enfants) et j’ai voulu décorer la page d’introduction. L’auteur a écrit un joli poème qui présente la série et je trouvais ça sympa de faire un cadre avec des éléments liés à l’histoire dans les coins. Ce qui est cohérent avec la série : un même monde avec différents personnages = un même texte d’introduction avec des éléments propres à chaque histoire.

La couverture

J’ai eu beaucoup de mal à trouver une composition. Une couverture de livre, c’est plus complexe que ça en a l’air. Il faut que ce soit cohérent avec l’histoire, sans tout dévoiler. Il faut laisser suffisamment d’espace libre dans l’image pour placer le titre et les noms des auteurs. Et tout doit rester lisible. Je pensais montrer les copains d’Horatio mais cinq personnages, c’était impossible à gérer. J’ai décidé de me focaliser sur ce qui est dit dans le titre. On ne verra qu’Horatio et la pépite d’or, puisque c’est celle-ci qui va le conduire à un énorme filon par la suite.

J’ai voulu que la couverture reste en accord avec le style des illustrations faites à l’encre. Je ne sais pas pour vous, mais je ne supporte pas quand le style de la couverture est trop différent de celui des illustrations. Si on m’appâte avec un style, je m’attends à le retrouver à l’intérieur du livre. J’ai donc utilisé de l’aquarelle pour cette image.

Pour les couleurs, je me sentais coincée. Tout se passe sous terre, donc le choix de couleurs sombres, comme le bleu, le violet ou le marron, était un peu trop évident. Il fallait aussi que les couleurs fonctionnent bien avec l’or (qui est un élément super important) et je ne voulais pas que l’image soit trop sombre. J’ai tenté une palette moins attendue et j’ai trouvé que ça marchait plutôt bien. L’auteur et son entourage ont semblé satisfaits.

J’avais demandé à l’auteur qu’il me précise comment il veut l’image (si des éléments doivent être séparés, par exemple). Evidemment, il ne m’a donné des indications qu’une fois l’image finie, parce qu’il ne prenait pas la peine de se renseigner au bon moment. Donc, j’ai dû séparer le personnage du fond (lequel j’ai dû recommencer plusieurs fois, parce que l’auteur pensait toujours à de nouvelles contraintes ou possibilités trop tard). J’ai fini par envoyer les différentes parties de la couverture à l’auteur puis, je n’ai plus eu de nouvelles pendant un temps. Le livre était en train d’être mis en page, donc je ne m’en suis pas inquiétée. Et un jour, tout fier, il m’a envoyé une version digitale.

J’étais dégoutée. Pas par la colorisation en elle-même, elle est bien faite (quoiqu’un peu trop lisse à mon goût). Ce qui m’a dérangée c’est d’avoir été mise devant le fait accompli. Il ne m’en a pas parlé avant, alors qu’il disait régulièrement qu’on était des partenaires, une équipe. Il me demandait souvent mon avis sur tout un tas de choses qui ne me concernaient pas (comme l’aider à choisir son pseudo, par exemple) et il ne m’a même pas prévenu qu’il allait faire modifier mon dessin. De plus, ce style de colorisation se veut réaliste alors que mon dessin est stylisé, et je trouve que ça ne va pas très bien ensemble.

Le coloriste est son ami, celui qui n’était pas censé travailler avec nous sur le projet. Finalement, c’est lui qui fera la mise en page et la colorisation des couvertures. Il a pris des libertés comme faire le nez rose pâle alors que je faisais les museaux foncés pour ajouter du contraste. Par souci de réalisme, il a ajouté des ombres sur le visage, mais elles ne suivent pas sa forme. Ou encore, il a ajouté le pli de l’entrejambe, qui est de fait beaucoup trop haut par rapport à la morphologie initiale. Donc en gros, le gars s’est permis de modifier mon charadesign, dans mon dos.

Et puis, au final, adieu la palette de couleurs plus originale, puisqu’il est parti sur des couleurs évidentes. Je n’avais reçu aucune directive pour les couleurs, j’ai passé un temps monstrueux dessus, ma proposition a été validée, puis tout a été changé sans m’en parler. Je l’ai très mal vécu, comme vous pouvez vous en douter.

Heureusement, sur les livres, l’image sera coupée en bas, supprimant le pli de l’entrejambe trop haut et le coloriste a fini par supprimer l’ombre sous le museau (qui était vraiment moche).

Clap de fin pour le tome 1 !

Voilà ! Ce premier tome m’aura pris cinq mois à réaliser. Heureusement qu’il était facile à illustrer parce que tout était à faire. J’ai naïvement pensé que le prochain livre serait plus simple. Le design général des personnages et du titre sont faits, le cadre de la page d’intro est prêt, j’ai une banque d’images pour les vêtements, j’ai repéré des points à améliorer dans l’organisation et la communication, on commence à comprendre comment travailler ensemble, la suite va rouler toute seule, pas vrai ? Hein, pas vrai ? Je vous laisse sur ce suspens insoutenable (lol).

À bientôt pour la suite de l’aventure !

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